Début de l'histoire.
Un beau jour du printemps 2001, ma chef de l'époque, (communément appelée "tête de bite" rapport à son visage rond et rosâtre et ses cheveux jaunes coupés très courts -façon casque- avec la raie au milieu) nous annonça l'arrivée prochaine de Lynda au sein de notre équipe exclusivement masculine.
Lynda.
Un prénom alors évocateur de charmes pulpeux, la promesse d'une jeune femme genre mannequin à l'harmonie romanesque joliment roulée dans sa mini jupe marron plantée en haut de jambes adorablement galbées aux mollets bien dessinés et aux cuisses tendres et finement musclées et dorées par de sensuelles expositions répétées au soleil. (Enfin pour nous les mecs, hein... )
Et je ne vous parle pas des spéculations sur ses nichons -son tour de poitrine, pardon- faites par l'ensemble des Techs à la machine à café. Décolletés, seins en poire, bustiers pigeonnants, je pense que tout à été dis entre 2 gorgées de caféine.
(Oui, son intellect et l'ensemble de ses potentielles qualités humaines ne furent que rarement abordés.)
Le jour de sa venue, nous étions tous sur notre 31. Cheveux propres et raie sur coté, verres de lunettes impeccables, nœud de cravate aligné sur la chemise repassée, claviers brillants comme des sous neuf, préservatifs dans les tiroirs et nos p'tites bistouquettes frétillantes dans nos slips kangourou, nous allions lui montrer que les informaticiens savaient recevoir.
(C'est pas tous les jours qu'on avait une bombe anatomique en vrai sur le plateau, autrement que sur nos écrans par mails interposés.)
Lynda arriva.
Les sourires et les bistouquettes retombèrent aussi sec.
Point de mannequin à l'horizon. MAIS UNE GROSSE ARNAQUE, OUAIS !!!!!!!
La même coupe de cheveux à chier que notre chef, le visage bouffi et délicatement parsemé de boutons et manifestement un léger soucis de kilos superflus. Laurence Boccholini mais en plus petite et en moche. Le maillon faible. (Mais quand même, c'était déjà du gros maillon, là.)
Nous tirâmes donc un trait sur l'harmonie romanesque moulée dans la mini jupe et sur les gros seins en poire pour retourner à nos mails chéris.
L'histoire de Lynda, pourtant, ne faisait que commencer. (Au sens littérale du terme.)
La malheureuse nous expliqua qu'elle avait le même destin tragique que
L'amour de l'Emir pour la miss était sans borne. Lynda, revenue en France pour gagner sa vie en tant que Chef de Chantier, fut un jour conviée à l'Elysée à une réception donnée par le Président Chirac en l'honneur de l'Emir. L'Emir avait exigé la présence de "sa fille" à ses cotés pour rencontrer le Chef de notre Etat. Oui madame.
Pour que Lynda fasse bonne figure, il lui envoya une robe de haute couture, une parure de diamants de plusieurs millions de francs puis il envoya une limousine la chercher dans la cité ou elle vivait à l'époque. Et là, j'aime autant te dire que les gens aux fenêtres, ils étaient épatés.
Ils n’applaudissaient pas sur son passage, mais il ne devait pas manquer grand chose.
Depuis, la parure de diamants dormait dans son coffre à la banque. Sa vie d'entrepreneuse lui rapportait beaucoup d'argent. "Et pas 40 000 francs par mois, si tu vois ce que je veux dire..." Puis ses journées de boulot sur ses chantiers, c'était pas 8 heures par jour.... Des fois, elle rentrait chez elle à 02.00 du matin !
Elle dirigeait donc ses hommes d'une main de fer, avec ses cheveux longs et sa taille de guêpe et ses 5 langues sous le bras. Une nuit, alors qu'elle rentrait extenuée chez elle en BMW, ce fut le drame. L'horrible accident. La sortie de route.
Perte de mémoire donc, mais coup de bol, elle n'avait rien oublié de ses plus "riches" années. Et heureusement, comme langue, elle avait pu garder le français. Parce que diriger ses chantiers en ne parlant plus que le japonais du jour au lendemain, ça aurait été compliqué.
Bref, elle tira un trait sur cette partie de sa vie, quitta les chantiers et alla pointer à l'ANPE.
Elle arriva donc chez nous. Lors de son entretien d'embauche, elle déclara "Moi, de toutes façons, je viens chez vous pour faire un bébé !" Et ce qui devait arriver arriva. Devant un tel argument -signifiant qu'elle tomberait enceinte à la première occasion et qu'il faudrait la remplacer pendant plusieurs mois à peine arrivée- la responsable du recrutement s'est dépêchée de lui faire signer son contrat, de peur de laisser filer un tel pédigrée. Ben oui, une Lynda de ce calibre, quand on en trouve une, on la laisse pas partir.
(Depuis, la responsable du recrutement à été virée.)
Lynda avait la plus grosse moyenne de fautes par mots dans ses mails (décidément, elle avait vraiment beaucoup perdu, dans son accident) et le plus bas salaire de l'équipe, pas le smic mais presque. Et son mari gagnait 10 000 francs en étant chef d'équipe-mécano-agent de sécurité dans une usine. (Je sais plus exactement, il faisait un peu tout, de toute façon.) Mais ça n'empêchait pas Lynda de s'acheter une batterie de casseroles en fonte à 10 000 balles. Parce que c'est mieux pour faire les sauces. (Oui, Lynda était aussi un grand cordon bleu.) Puis elle avait acheté un Home cinéma à 100 000 balles pour mettre dans le salon de sa grande maison qu'elle s'était fait construire, au milieu de son grand terrain. Puis pour mettre dans sa cabane de jardin, elle avait acheté à son mari un établit pour bricoler, d'une valeur de 75 000 balles.
Voila voila voila.
Elle tutoyait son banquier, aussi. Ben oui, parce qu'avec tout le fric qu'elle lui faisait brasser, elle allait pas se gêner. Quand elle venait chercher son chéquier, c'était pas tapis rouge et champagne, mais pas loin.
Puis attention, Lynda, fallait pas se foutre de sa gueule. Elle faisait de la boxe française.
Difficile à imaginer en la voyant boudinée dans ses tuniques, mais bon, des trucs pareils ça s'invente pas.
Bref, fallait pas la faire chier. Tiens, un exemple. Elle envoya son mari chercher une commande chez son poissonnier habituel, pour un repas de famille. Il revint avec le poisson, et là, tu me crois, tu me crois pas, le poisson, hé ben il était pourrit. Si.
- MAIS TU LUI AS PAS DIS QUE C'ETAIT POUR MOI ?????
Hop, ni une ni deux,
Mais même son mari, il était pas à l'abris. Une grande moule d'un mètre quatre-vingt dix. Un soir, il est rentré fatigué du boulot, il a foutu les pieds sous la table et il a eu le culot de demander ce qu'il y avait à manger.
Ben Lynda, elle est partie chercher une paire de chaussettes sales, elle les a foutu dans une assiette, elle a arrosé le tout de ketchup et elle lui a souhaité bon appétit.
Lynda avait une nutritionniste. Pour perdre ses kilos. Puis Lynda avait une amie qui bossait dans une usine de confiseries. Ben la copine en question lui donnait régulièrement des cartons entiers de Twix, de Mars, de Bounty... La nutritionniste, elle devait s'arracher les cheveux.
Puis un jour, Lynda a -enfin- donné sa démission. Elle nous quitta. Pour un retour aux sources. Un taf administratif chez un entrepreneur à 50 000 francs par mois. Elle y resta un mois. Ses collègues femmes étaient jalouses et y'avait une telle tension dans le bureau qu'elle préféra partir.
Moi, je n’étais pas resté en contact avec elle, bien entendu. Trop d’infos à gérer.
Mais des gens que je connaissais qui la fréquentait encore me remontèrent des trucs bizarres au niveau de son capital immobilier.
Avec le temps et selon l'interlocuteur, la grande maison avec l'immense jardin était devenue un simple terrain avec les fondations d'une maison en construction encore à ciel ouvert. Puis un peu plus tard et avec d'autres gens, y'avait même plus de terrain avec la maison en chantier. Non. Ils recherchaient le terrain, pour faire construire.
Mon ex-femme est allé chez elle, après notre divorce. Pas de maison, mais une cité HLM. (La même que celle avec la limousine de l'Emir, je suppose.) Pas de maison, pas de jardin, donc pas de cabane dans le fond avec l'établit à 75000 balles. Pas de home cinéma, non plus. Mais une télé couleur normale, quoi...
Puis pas de casseroles en fonte non plus, du coup.
Au moment de prendre congé, mon ex-femme a entendu la mère de Lynda dire à sa fille "Elle est bien ton amie, essaie au moins de la garder celle là !"
vendredi 22 juin 2007
Il était une fois.... Lynda.
Tout ce que tu vas lire est vrai. Scrupuleusement exact...
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2 commentaires:
Je suis entre les rires et la compassion en lisant ton texte...
Je me dis qu'elle aurait mieux fait d'écrire un roman en fait.
C'est terrible les destins que certaines personnes ont. Ca me rappelle une amie que j'avais (temps imparfait) qui dès qu'elle se fut retrouvée célibataire a viré mytho...
Moi, c'etait entre consternation et grosses rigolades ^_^
Virer mytho, ça revele souvent des blessures, un besoin d'etre reconnu, ecouté, consideré. C'est se donner de l'importance.
C'est vivre par procuration, presque ...
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